Ces riches de deuxième et troisième génération qui creusent la fracture sociale et morale

Récemment, une nouvelle a fait le buzz aussi bien en Chine que dans le reste du monde : la petite fille de Mao – oui, l’on parle bien du Grand Timonier des années 50 et 1960-, Kong Dongmei, est millionnaire. D’après le classement des personnalités chinoises les plus riches établi par le magazine financier chinois, New Fortune, elle serait même à la tête d’une fortune de 5 milliards de yuans (620 millions d’euros).

Pas mal lorsqu’ on connait la philosophie politique de son grand père !

Inutile de préciser que la révélation de sa fortune a donné lieu à des remarques plus ou moins ironiques (le tout en essayant de contourner la censure)  sur le web chinois sur les privilèges financiers dont jouissent les petits-enfants d’hommes politiques…

L’utilisateur «  yaoshangqun_p38 » déclare ainsi :

 weibo

                           « Parmi la liste des 500 fortunes les plus riches, on trouve le couple Kong Dongmei et Chen Dongsheng [son mari] au 242ème rang avec une fortune de 5 milliards de yuan. […] Mao Xinyu [le petit-fils de Mao, promu général de l’Armée de Libération Populaire en 2010, ce qui lui a valu des accusations de népotisme] a déclaré que la famille Mao est pauvre et que les générations futures ne feront pas de business. Cette tradition a été brisée. Dulles [ancien secrétaire d’Etat américain sous Eisenhower, voir sa bio ] l’a respectée, la deuxième génération également alors que la troisième génération est en train de la modifier ! »

Une richesse exposée sur Internet

Ce qui choque les Chinois n’est pas tant le fait que sa richesse trahisse les idéaux communistes de  partage public et égalitaire des richesses que la manière dont elle a pu s’accumuler cette fortune.  (Pour rappel, l’enrichissement n’est plus moralement condamnable depuis le fameux discours de Deng Xiaoping lancé à Shenzhen le 18 janvier 1992 et dans le contexte des réformes de libéralisation économique qui s’opèrent à cette époque)

 En Chine, le phénomène est bien connu, on les appelle d’ailleurs les fuerdai et même désormais les fusandai (富二代, traduisez les ‘ riches de deuxième ou troisième génération’). Ce sont des enfants nés riches qui jouissent de la fortune accumulée par leurs parents ou grands-parents et qui, pour une partie d’entre eux, affichent ostensiblement leur appartenance à cette catégorie sur les réseaux sociaux chinois.

 Le site de microblogging chinois Weibo en regorge d’exemples:

Crédit image : Marketing Chine

Crédit image : Marketing Chine

 weibo.png

Généralement fils ou filles uniques,  ces « riches de seconde génération » profitent de leur statut privilégié d’enfant unique pour obtenir ce qu’ils souhaitent : voitures de luxes, bijoux, vêtements de grandes marques.

Des scandales qui ont choqué la Chine…

En juillet 2011, un scandale assez retentissant va provoquer la colère des internautes sur Weibo . Guo Meimei, fille d’un riche industriel chinois, partageant sur Weibo ses sacs à main Hermès ou voitures Maserati, se faisait passer pour la directrice de la Croix Rouge en Chine … Une fois la supercherie démasquée, la demoiselle s’est défendue en affirmant qu’elle « s’amusait »…

La page Weibo de Guo Meimei郭美美 où elle affirmait dans sa description «  être directrice commerciale de la Croix-Rouge chinoise ».

La page Weibo de Guo Meimei郭美美 où elle affirmait dans sa description « être directrice commerciale de la Croix-Rouge chinoise ».

Par la suite, la méfiance à l’égard des ONG ou autres organisations de charité se sont accrues, leurs dirigeants étant accusés publiquement de nouer des relations ou d’engager des « fuerdai » pour créer le buzz.

Les commentaires assez virulents postés sur Weibo  ou autres réseaux sociaux  suite à cette affaire ont pour commun la dénonciation du cynisme de certaines ONG qui n’hésitent pas à recruter des ambassadeurs aux valeurs morales à l’opposé de celles de leur mission, même si dans cet exemple, la Croix Rouge chinoise affirme bien qu’elle n’a jamais recruté Guo Meimei dans aucun de ses services.

Depuis cette affaire, d’autres affaires plus ou moins médiatisées ont accru le fossé entre citoyens lamba et ces jeunes riches pour qui les valeurs d’humilité et de travail semblent passer au second plan. L’accident de voiture provoqué par le fils d’un haut responsable militaire, un Guanerdai (un fils d’officiel,)  ou encore plus récemment sa mise en examen pour viol ont provoqué un tollé sur la toile chinoise.  D’autant plus que la justice semble faire preuve de clémence dans ces affaires : sa condamnation est d’à peine un an pour avoir littéralement tabassé un jeune couple devant leur enfant suite à l’accident.

Pour beaucoup de citoyens, en plus de la fracture sociale déjà présente, il existe désormais une fracture morale entre « ses fils de » bénéficiant de l’impunité de la justice du fait de la position sociale de leurs parents et les autres n’ayant pas de « guanxi ».  Deux poids, deux mesures.

… mais une cible attractive pour les maisons de luxe et pour les jeunes femmes

Avec une banalisation de cette richesse aussi bien dans le dévoilement de cette richesse sur Internet que dans la psyché collective des Chinois, ce sont les marques de luxe qui en profitent. Ces Fuerdai sont désormais les cibles privilégiées des grandes marques de luxe (Versace, Rolex,etc) aussi bien en Chine qu’à l’étranger, par leur goût effréné pour la consommation et leur narcissisme numérique.

Car malgré des critiques de la société chinoise à leur égard, on peut raisonnablement avancer qu’une forme de jalousie s’empare de ceux qui les suivent sur Weibo ou dans les magazines. Dans un pays où le culte de l’argent n’est pas caché,  l’argent est devenu le symbole de la réussite personnelle . Une étude conduite par la Fédération des Femmes de Guangzhou, dans la province chinoise méridionale du Guangdong, et citée par l’Information Times, montre que près de 60% des Chinoises veulent épouser des riches de seconde génération.

A n’en pas douter, ces Fuerdai fascinent et révulsent à la fois la société chinoise.

Article initialement publié dans le Plus du Nouvel Observateur.fr. Pour voir l’article, il suffit de cliquer sur ce lien.

Simon Renard

OEIL DE CHINE

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